Rohingyatographer (FR)
Un groupe d’enfants prend un selfie avec une sandale au sommet d’une colline dans le camp de Balukhali.
© Ro Yassin Abdumonab / Rohingyatographer, Bangladesh
Kutupalong, situé dans le district côtier de Cox’s Bazar au Bangladesh, est le plus grand camp de réfugiés du monde. Ce camp a été créé de manière informelle en 1991, lorsque des milliers de Rohingyas ont fui les persécutions ethniques et religieuses violentes dans le pays voisin, la Birmanie. Il s’est dramatiquement étendu au fil des décennies pour abriter aujourd’hui plus de 900 000 réfugiés, alors que l’armée birmane a intensifié ses mesures répressives brutales et ses attaques massives contre les Rohingyas dans l’État de Rakhine.
Décrits par les Nations Unies comme la minorité la plus persécutée du monde, les Rohingyas mènent une vie difficile et restreinte dans les camps. Lorsque la pandémie de COVID-19 est arrivée, les journalistes internationaux n’ont plus pu se rendre dans les camps, ce qui a incité un collectif de Rohingya photographers à utiliser les réseaux sociaux pour raconter leurs propres histoires au monde.
Onaysa Khan, âgée de seulement 3 mois. Son nom en arabe signifie « Bonne Amie », celle qui apporte paix et tranquillité au cœur.
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© Enayet Khan / Rohingyatographer, Bangladesh
En 2022, ils ont commencé à publier une revue, Rohingyatographer. Fondée et dirigée par Sahat Zia Hero avec le soutien du photographe espagnol David Palazón, cette revue est disponible en format numérique et imprimé, et tous les bénéfices vont directement aux photographes. Le premier numéro aborde le thème de l’identité à travers le récit de la vie quotidienne et des histoires de la communauté déplacée. Il témoigne de la force, de la résilience et de la détermination du peuple rohingya. Ce numéro présente un portrait chronologique collectif des habitants des camps, du plus jeune bébé de 2 mois à l’homme le plus âgé de 102 ans, et inclut 165 photographies en couleur réalisées par 11 jeunes photographes rohingyas. Deux photographes utilisent leurs propres appareils photo reflex, tandis que d’autres se servent des caméras de leurs téléphones.

Md Hasson, ou « Asun », comme ses amis aiment l’appeler, a 13 ans. Il est un jeune membre du collectif Rohingyatographer. Il tient une photo de lui prise en 2017, lorsqu’il avait 8 ans, pleurant désespérément alors qu’il montait dans un camion d’aide humanitaire. Cette image, capturée par le photographe canadien Kevin Frayer, a été sélectionnée parmi les 100 meilleures photographies par le magazine Time en 2017 et a remporté un prix Pulitzer. Hasson est né sourd-muet. Il a développé un langage gestuel remarquable pour communiquer avec les autres. Sa manière ludique et créative de s’exprimer l’a rendu très populaire parmi ses amis. Sa mère est décédée le jour de sa naissance et il a été élevé par ses oncles. Comme la plupart des enfants de son âge, il passe la majeure partie de son temps autour des centres d’apprentissage des camps. Il bénéficierait d’un programme éducatif adapté aux enfants ayant des besoins spéciaux, mais les opportunités pour ceux ayant des capacités différentes sont extrêmement limitées dans le camp.
Revue Rohingyatographer Numéro 1 : Identité, 2022
© Sahat Zia Hero / Rohingyatographer, Bangladesh

Riah Mani, une fillette de 11 ans, joue avec un téléphone portable cassé.
Revue Rohingyatographer, numéro 2 : Éléments, 2023.
© Abul Kalam / Rohingyatographer, Bangladesh
Plus de 50 % de la population du camp a moins de 18 ans. Malgré l’accès limité à l’éducation formelle et un avenir incertain, de nombreux jeunes réfugiés sont fortement engagés à apprendre par eux-mêmes et à enseigner à d’autres. La revue sert de plateforme créative pour permettre aux jeunes Rohingyas de développer leurs compétences photographiques, de construire un sens de l’identité, de maintenir leur culture et leur histoire vivantes, et de se connecter avec des personnes extérieures. En outre, le collectif a organisé plusieurs expositions, notamment sa première exposition virtuelle ‘We are Rohingya’ et la plus récente, ‘The Rohingya Experience’, qui a présenté les images de 26 photographes rohingyas dans les rues du centre de St Helier, sur l’île de Jersey. Sahat Zia Hero explique que les jeunes Rohingyas participant au projet ont trouvé du réconfort et un objectif dans la photographie, en dépit d’un sentiment généralisé de désespoir quant à leur avenir.
‘Nous espérons que le public de notre revue sera intéressé de voir la vie de la communauté réfugiée rohingya à travers nos propres yeux. Nous voulons partager nos expériences avec eux et, avec un peu de chance, aider les gens à nous voir sous un jour nouveau : notre vie dans toute sa couleur. Nous savons que nous sommes bien plus que notre environnement et les étiquettes qu’on nous attribue. Nous voulons que les gens nous voient comme des êtres humains, comme tout le monde, et que nous partagions nos espoirs et nos rêves, notre tristesse et notre douleur avec les autres, afin d’établir des connexions.’
Fondateur, éditeur et photographe, Rohingyatographe
